• Elian

Quand les avions ont laissé place aux oliviers

Quand les avions ont laissé place aux oliviers

Chaque terre a son histoire. Celle du Pla de Martís s'est construite sur des contrastes assez étonnants.

Un plateau entre ciel et pierre

Quand on arrive ici pour la première fois, entre Banyoles et Esponellà, on ressent tout de suite le vent. C'est un grand plateau ouvert, balayé par la Tramontane, avec les Pyrénées en toile de fond. On comprend vite pourquoi, en 1938, ce site a été choisi pour y construire un aérodrome militaire.

1938 : quand la guerre a réquisitionné la terre

C'était en pleine guerre civile espagnole. La République avait besoin de bases aériennes, et ce plateau naturel — plat, dégagé, vaste — était parfait. En quelques semaines, le Pla de Martís est devenu un aérodrome militaire. Les avions décollaient et atterrissaient là où, aujourd'hui, nos oliviers plongent leurs racines.

On y pense souvent en marchant entre les rangées au petit matin. Le sol sous nos pieds a porté des avions de chasse avant de porter nos arbres. C'est assez marquant.

L'abandon et le silence

Après la guerre, l'activité a décliné jusqu'à l'abandon du site vers 1960. La nature a repris ses droits en surface, mais le sol en a gardé des traces profondes. Des années de passage d'engins lourds ont compacté la terre, la laissant tassée, presque stérile, très difficile à travailler pour un agriculteur.

C'était un vrai défi, mais le lieu en valait la peine.

Redonner vie au sol avec le broyat de branches (BRF)

Quand nous nous sommes installés, la priorité n'a pas été de planter tout de suite, mais de redonner de la vie à cette terre. Nous avons apporté près de 150 tonnes de broyat de jeunes branches (ce qu'on appelle du Bois Raméal Fragmenté ou BRF) sur les trois hectares et demi. L'idée n'est pas simplement de couvrir le sol, mais de nourrir les champignons et micro-organismes locaux qui structurent la terre.

Ce broyat de bois jeune est très riche. En se décomposant, il permet aux filaments des champignons (le mycélium) de coloniser le sol et de recréer de l'humus. Année après année, la terre s'est assouplie et enrichie, retrouvant une texture forestière, sombre et aérée.

Une géologie particulière

Le Pla de Martís est un plateau de travertin, une roche calcaire formée par les sédiments des eaux de l'Alta Garrotxa. Les réserves souterraines qui alimentent le lac de Banyoles circulent en réalité bien trop bas — à plus de 60 mètres sous terre — pour que les racines de nos oliviers puissent les atteindre. Mais c'est la roche calcaire elle-même, accumulée au fil des millénaires, qui transmet sa minéralité à nos arbres. Sans irrigation, nos oliviers apprennent à s'enraciner dans cette roche et à puiser l'eau de pluie retenue par l'argile et notre couverture de broyat.

Le calme retrouvé

Aujourd'hui, le plateau a retrouvé son calme. On n'entend plus que la Tramontane dans les feuillages et le bourdonnement des insectes. La terre a retrouvé une bonne odeur d'humus après la pluie.

Pour nous, chaque récolte est une petite victoire sur le béton et le compactage du passé. Faire de l'huile d'olive ici, c'est avant tout accompagner ce retour à la vie sauvage et au bon sens paysan.

Agriculture Régénérative

Un sol vivant, une huile vibrante